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L'histoire du Lausanne Sport par Marcel Parietti

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Marcel Parietti, capitaine du LS en cette saison 1980-1981 couronnée d'une 7e coupe suisse contre le FC Zurich au Wankdorf à Berne (photo Gazette de Lausanne).

Le LS a quitté la Pontaise. L'occasion de retracer une histoire de 124 ans. Marcel Parietti est un illustre nom du foot lausannois et suisse des années 70/80. L'homme, actif au sein des instances du foot vaudois, à la Maison du sport cantonale de Leysin, nous raconte son Lausanne-Sport, vainqueur de la Coupe du Suisse (une des neuf Coupes gagnées) contre le FC Zurich en 1981 avec Gabet Chapuisat, Stéphane Crescenzi ou Robert Koc. Première partie d'une interview à lire en intégralité sur notreHistoire.ch.

notreHistoire.ch : Le Lausanne Sport ressemblait à quoi structurellement quand ils vous ont recruté en 1972 ?

Marcel Parietti : Il y avait déjà une très bonne organisation dans ce club, vraiment digne de la première division. Un club qui avait une direction. Le président était un entrepreneur. Ces dirigeants de clubs à l'époque venaient souvent du monde de l’immobilier. Les présidents s’appelaient Amstutz, Souris ou encore Truan, des personnes issues du milieu économique local. Pour le Servette FC à Genève, c’était la même chose. Si on prenait tous les grands clubs, c’était l’immobilier qui était le premier secteur concerné par l'investissement dans le domaine du football. A GC (ndlr: Zurich Grasshoppers), ils avaient leur « Club du jeudi », des entrepreneurs de toutes branches et le spectre était plus large. Au niveau administratif, il y avait un secrétariat général et à côté de ça une structure médicale assez simple. Ce n’était pas des physiothérapeutes, ni des médecins. On avait des masseurs. Ils étaient comme nous, ils travaillaient à côté. On avait donc une bonne structure administrative et financière pour les contrats. Ce n’était pas des budgets exorbitants, un peu de sponsoring, les ventes de billets et des soutiens de ces personnalités qui prenaient la présidence, c'est tout.

Parietti façon Panini

Marcel Parietti, le numéro 6 lausannois, devant les gradins de la Pontaise (DR)

Vous avez connu Kiki Prior, dont on m'a beaucoup parlé, le masseur historique du Lausanne Sport alors ?

Oui, Kiki (ndlr: dont le fils Nicolas travaillait à la Pontaise il y a encore quelques semaines) était représentant dans une entreprise de chocolat. Il y avait trois-quatre masseurs qui savaient ce qu’était le mercurochrome, le dolpyc, le fortalis et c’est tout. Ils nous massaient les lendemains de matchs. Si on risquait le claquage, on savait qu’il fallait mettre de la glace, ça se passait comme ça. Il y avait quand même un médecin du club. On allait dans son cabinet si vraiment on avait quelque chose de sérieux. La structure médicale s'arrêtait là. On avait surtout un entraîneur professionnel de haut niveau mais ils n’étaient pas reconnus à l'époque. Personne du grand public ne connaissait leurs noms contrairement aux joueurs.

Qui étaient vos entraîneurs ?

Louis Maurer qui avait entraîné l’équipe suisse et l’Olympique de Marseille mais aussi d'autres grands entraîneurs comme Paul Garbani, Miroslav Blažević, Charly Hertig, Péter Pázmándy, Radu Nunweiller...

Comment vous prenez votre place au LS ?

En 1972, pour Lausanne, j’étais un peu trop polyvalent. Alors Louis Maurer m’a mis sur le côté droit, j’étais plus un joueur défensif qu’offensif. Donc, j’ai joué libéro, stoppeur, arrière-gauche. Je me suis raté avec l’équipe nationale car on m’a fait jouer arrière-droit. Après deux minutes on perdait 2 à 0 contre l'Allemagne de l'Ouest. J’ai aussi joué milieu de terrain, mon poste de prédilection. J’y étais souvent. A ce poste, vous vous appliquez autant dans le comportement défensif que dans le comportement offensif.

Quel genre de relations vous aviez avec les entraîneurs du LS en général, et avec votre entraîneur Blažević en particulier?

J’ai commencé capitaine au temps d’Hertig. On discutait entre nous, pas que de nous mais de l’équipe, à un moment donné on parlait bien sûr du style de jeu, du comportement offensif et défensif. Il faut reconnaître le qualités de Blažević en ce qui concerne l’entraînement en semaine. Mais dans le coaching des matchs, il y avait des choses invraisemblables qu'il mettait en place. Il avait mis le gardien de l’équipe nationale Eric Burgener en centre avant avec le LS pour un match. D’accord, il a marqué en première mi-temps, mais après on a perdu 7-3. Il y eu quelques difficultés ensuite avec Blažević. On a joué une fois contre Chênois, en ligue A à ce moment-là, et on lui a dit “Attention, devant ils ont deux joueurs, Manai et Duvillard, qui courent le cent mètres en huit secondes.” Et Blažević nous fait une tactique en jouant à trois derrière. Après 15 minutes, il y avait 2-0 pour Chênois. Donc, de nouveau, on s'est réorganisé parce qu'il a eu beau crier, tout à coup, on a décidé de jouer à quatre derrière. Lui, il ne changeait pas d'avis! Et des fois entre nous dans l’équipe on se disait “Écoute, Joseph tu restes maintenant et on joue à quatre, et on s’organise entre nous.” On est quand même revenu assez vite à 2-2, et on est resté bloqué sur ce score. On se dit qu’un entraîneur sent qui lui obéit ou pas. Il y a cette relation. Je me rappelle avoir eu une discussion encore avec Blažević, lui demandant ce qu’on devait faire dans le système défensif. S'il devait passer un message à l'équipe ensuite, je préférais que ce soit un de mes messages.

Et pour votre relation aux joueurs du LS en tant que capitaine?

Capitaine, c’est une affinité avec l’entraîneur, mais aussi cela vient avec l'ancienneté. Vous n’êtes pas capitaine six mois après votre arrivée au club en général. On voit qu'une équipe qui va mal, c'est quand vous avez en l’espace de trois à quatre mois cinq capitaines successifs, c’est mauvais signe. Et c’est arrivé au Lausanne dernièrement. Il y a pu y avoir des relations avec les joueurs assez étonnantes en tant que capitaine, des moments cocasses. J’ai été expulsé une fois dans ma vie avec le LS. Et c’était un peu par la faute de mes coéquipiers. On jouait un match amical aux Seychelles, on était au camp d’entraînement contre l’équipe nationale. Et c’était invivable à cause de l’arbitrage, l'ambiance... C’était un match amical, mais pour eux, il y avait toute l’île qui était autour du terrain à les soutenir. A un moment donné, l’arbitrage ne signalait plus les « hors-jeu ». Il y a eu des échauffourées entre les joueurs adverses et Gabet Chapuisat. Il s’était pris un coup au nez. Il y a donc eu des mots, du genre "espèce de connard ", il y a eu des insultes plus graves comme "retourne dans ton arbre". L’arbitre me dit de dire aux joueurs qu'ils ne doivent pas traiter les joueurs adverses de "canards". Alors qu’on ne disait pas canards mais bien "connards". Alors bon, moi je regroupe les joueurs et je leur dis d’arrêter de traiter les joueurs adverses de "canards". Bien sûr, il y en avait qui rigolaient, ce que l’arbitre n’a pas trop aimé. Et ça a continué. La deuxième fois, l’arbitre me redit que je devais repasser le message. Ce que j’ai fait, et ils ont de nouveau rigolé. Je fus expulsé.

Le portrait de Parietti en vignette adhésive

Marcel Parietti pour les besoins des collectionneurs des vignettes Panini.

Un match inoubliable ?

Oui, dans le match, il y a eu quelques autres soucis, par exemple Eric Burgener est sorti parce qu'il y avait une balle qui traînait. Un enfant a shooté dans la balle avant qu’Eric puisse la prendre. Les cinq mille spectateurs ont rigolé pendant vingt minutes. Et dix minutes après, le gamin est revenu et Eric qui est un solide gaillard a dit “Attends mon petit...”, et à ce moment-là il a couru et l'a bousculé. Le gamin est tombé... Et là, il y a eu un silence ! On s’est dit “on est morts.” Le match amical fini, on a mangé avec l’équipe adverse. On a reçu d’ailleurs quelque chose de particulier. Si vous allez aux Seychelles, c'est un fruit qui s’appelle Coco-Fesse. Vous ne pouvez pas l'exporter. Ou alors vous devez payer 2 à 300 dollars.

Fritz Künzli et Eric Burgener dans le vestiaire enfumé

Dans le vestiaire enfumé du LS avec Fritz Künzli décédé en 2019 et le gardien Eric Burgener (document L'Illustré)

La suite à lire en cliquant sur ce lien.

Pour construire ensemble la grande Histoire des Romands, venez publier vos documents et créer vos galeries sur notreHistoire.ch. 

Découvrez aussi notre galerie spéciale LFM ici.

 

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Mon grand-père, Arthur Schlageter

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Michel Schlageter est le petit-fils d'Arthur Schlageter, le célèbre sculpteur né à Clarens en 1883. Il remet en lumière l'oeuvre de l'aïeul sur notreHistoire.ch.

"La Baigneuse numéro 2" sur le bord du lac à Territet (photo Eric Hill)

Arthur a appris à tailler la pierre à Vevey dès l'adolescence. Puis il s'est inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Genève. Son itinéraire artistique ensuite, comme certaines personnes de notreHistoire.ch nous le racontent en images (merci Syvie Bazzanella et Anne-Marie Martin-Zürcher), est remarquable. D'où l'idée de demander à Michel de nous écrire un texte personnel sur son grand-père. Il l'a fait volontiers et en voici les premières lignes.

"Depuis tout petit, j’étais entouré de statues, bas-reliefs et peintures qui décoraient notre appartement. Je me souviens que mes camarades d’école étaient surpris de voir ces statues de femmes nues, de ces bustes sans jambes ni bras. Des souvenirs que je garde de mon grand-père, je retiens les visites dans son atelier au chemin de Chandieu à Lausanne. Là, pendant plusieurs décennies, il a travaillé patiemment sur un nombre important de statues et formé quelques étudiants en sculpture..."

Pour lire la suite du texte de Michel, cliquez sur ce lien.

L'Offrande, par Arthur Schlageter, promenade Derrière-Bourg à Lausanne (photo de Sylvie Bazzanella)

Michel Schlageter souhaite travailler sur l'héritage artistique de son grand-père et si possible rassembler un maximum d'informations lui permettant de réaliser un catalogue de l'œuvre d'Arthur, ainsi qu'une biographie. Si vous possédez quelque information que ce soit sur le sculpteur vaudois (photos de ses œuvres, copies de documents ou de lettres...), son adresse e-mail est : m.schlageter@hotmail.com. Vous pouvez aussi passer par notreHistoire.ch si vous estimez que ces informations peuvent être publiées sur la plateforme.

Merci pour lui, merci pour Arthur Schlageter. Un sculpteur apprécié, d'ailleurs Sylvie Bazzanella a consacré une galerie spéciale à consulter ici.

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Ce docteur aidait les tuberculeux à Leysin

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Le Dr. René Burnand a dirigé le Sanatorium populaire de Leysin de 1911 à 1926

René Burnand a œuvré au service des malades vaudois au début du XXe, inspiré par son cousin médecin Edouard de Cérenville qui avait ouvert un sanatorium à Leysin. Son histoire est racontée par Philippe Chappuis de notreHistoire.ch.

Un défenseur des malades de la tuberculose

Dr. René Burnand, l'oncle de la mère de Philippe Chappuis, un homme dévoué face aux malades ici devant le Sanatorium populaire de Leysin autour de 1920 (fonds Pierre Auguste Chappuis publié sur notreHistoire.ch, copyright Philippe Chappuis).

René Burnand (1882-1960) était l'oncle de la mère de Philippe Chappuis, une dénommée Eveline et le frère de Franz, son père. Voici ce que raconte Philippe sur notreHistoire.ch, "enfant, nous ne l'avons pas ou peu connu, et ce n'est que plus tard, par mes études de médecine, que je l'ai placé dans l'histoire de ma famille, mais aussi de celle de la médecine comme un personnage important car, au temps héroïque des sanatoriums, il s'est battu avec beaucoup d'énergie et d'engagement humain contre la tuberculose au traitement presque impossible avant l'arrivée des antibiotiques en 1947. René n'a pas choisi la médecine par vocation scientifique, il se sait polyvalent, aime écrire, la peinture, il dit l'influence qu'exerça sur son choix l'exemple du médecin de la famille et cousin Edouard de Cérenville 1843-1915 qui fut l'un des créateurs de la station climatique de Leysin (1888 avec Louis Secrétan et Ami Chessex) et l'un des fondateurs de la Ligue vaudoise contre la tuberculose en 1906."

museris.lausanne.ch/SGCM/GetIm...

Edouard de Cérenville en 1914 par Francis de Jongh (Musée historique de Lausanne)

"René Burnand dit de son parcours médical qu'il l'a fait "chemin faisant", animé par une grande acuité d'observation. Il fut un homme de terrain, ce que l'on appelle un clinicien, privilégiant, comme outil diagnostique, l'observation de son patient. Parlant de son métier, il juge qu'il a beaucoup bénéficié de son intérêt passionné, de sa curiosité avide pour les êtres et les choses et d'un besoin constant de porter un regard très large sur ses malades pour le diagnostic le plus juste.

sanatorium populaire de Leysin

Le sanatorium populaire de Leysin (Leysin American School Savoy Campus route de Preylan/Philippe Chappuis)

"J'ai eu le grand plaisir de trouver aux archives cantonales vaudoises un album (où se trouvait cette image souriante de René Burnand) relatant l'histoire du Sanatorium Populaire de Leysin qu'il dirigea de 1911 à 1926. Cet album est un témoignage très touchant de l'humanité avec laquelle il a pratiqué la médecine de sanatorium, transformant cette micro-société confrontée à des règles très contraignantes et à l'omniprésence de la mort, en une un communauté presque familiale et chaleureuse, une période particulièrement heureuse de sa vie."

Merci beaucoup à Philippe Chappuis pour ce beau témoignage consacré à la vie professionnelle de son oncle, pour le bien des malades. Consultez le fonds de Philippe Chappuis consacré à son grand-père Pierre Auguste et à sa famille en cliquant sur ce lien.

 

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La fabuleuse histoire de la famille Kunz

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Roland Kunz est un enfant de Villars-sur-Ollon qui a fait mille choses dans sa vie, prof de ski pour les Grimaldi, homme d'affaires et aujourd'hui gérant d'un fonds photographique précieux.

Roland Kunz en tenue de montagnard, devant le Villars Palace. L'hôtel a été restaurée et va rouvrir en fin d'année.

Roland Kunz m'accueille un jour chez lui en 2020 à Villars-sur-Ollon. Il me fait visiter son grand chalet familial qui surplombe le centre de la station de sport d'hiver. Ce fils de photographes villardoux a eu une vie d'entrepreneur dans le commerce de centrifugeuses pour laboratoires sanguins qui le mena à travers le monde. Il s'est arrêté quelques années au Brésil où il rencontra sa femme Adrienne.

Le Villars Palace à l'époque de la mode du bobsleigh, dans les années 1930 (photo Arnold Gottlieb Kunz)

Roland a aussi hérité des fonds photographiques que sa sœur et son père géraient au sein de leur boutique historique (la toute première à Villars), la seule dans le village depuis les années 30. Des milliers de photos en noir et blanc de paysages montrant l'évolution de Villars et de ses alentours. Il y a quelques jours, j'ai pris mon téléphone pour prendre des nouvelles de Roland et de son projet de créer un petit musée photographique dans le centre de Villars, là où fut installée la maison et la boutique de ses parents. Je lui ai aussi annoncé que j'aimerais partager avec les lecteurs de LFM.ch et de notreHistoire.ch un texte qui rappelle à quel point le travail de sélection de quelques photos du fonds familial avait été passionnant pour moi. Ce fonds composée de plaques de verres, de diapositives et planches de contact aux vignettes miniatures, sans oublier les tirages papier par centaines rangés dans des albums et des cartons tous rangés dans une pièce spéciale.

Arnold Gottlieb installé dans l'entrée de son magasin de photos dans la rue centrale à Villars.

Pour vous chers lecteurs voici une sélection exclusive de photos publiées dans plusieurs galeries comprenant des clichés réalisés par la petite entreprise Kunz et des photos commentées par Roland (il a une belle voix de radio d'ailleurs). Merci d'en faire un bon usage, cette matière vaut de l'or.

La déneigeuse devant la boutique Kunz à Villars-sur-Ollon (photo d'Arnold Gottlieb Kunz).

Participez au projet romand de la plateforme notreHistoire.ch qui consiste à publier vos documents audiovisuels (photos, films, textes et vidéos) ayant un intérêt historique. Participez à nos challenges ludiques sur l'histoire romande. Merci de rejoindre notre communauté qui compte déjà 6'500 membres.

 

 

 

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L'exil vaudois de Coco Chanel

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La journaliste Marie Fert raconte dans "Gabrielle Chanel, les années d'exil" la vie sur les bords du Léman de la plus célèbre des créatrices de mode à la française : Coco Chanel.

Il y a cinquante ans, Gabrielle Chanel s'éteignait dans une chambre de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à Paris. Mais c'est au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne qu'elle repose depuis le 14 janvier 1971. "Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine) est un passionnant ouvrage qui nous fait prendre conscience, au fil de ses 130 pages, de l'importance de Lausanne et de la région lémanique dans la vie de Coco Chanel.

La tombe de Coco Chanel au cimetière Bois-de-Vaux à Lausanne (Sylvie Bazzanella/notreHistoire.ch)

La grande couturière fut vilipendée pour ses proches relations avec des représentants du régime nazi, ce qui parfume le récit de sa vie en Suisse d'une odeur de scandale qui n'a rien de commun avec le "Chanel N°5", le plus grand succès de ses créations. Marie Fert répond dans l'interview qui suit aux questions qu'on se pose sur les choix douteux de la native de Saumur dans l'ouest de la France. Notez que cet ouvrage très complet est une véritable mine d'or d'anecdotes et d'informations inédites, venues entre autres organismes, des Archives de la Ville de Lausanne ou des Archives cantonales vaudoises.

"Gabrielle Chanel, les années d'exil", premier ouvrage de la journaliste Marie Fert

Pourquoi avoir choisi de parler d’une fameuse personnalité du luxe français sous forme d’essai biographique ?

Marie Fert : Le point de départ, ce sont deux dates, le 10 janvier 1971, jour du décès de Gabrielle Chanel à l’âge de 88 ans dans sa chambre du Ritz à Paris, et, quatre jours plus tard, son enterrement au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne. Dans les nombreuses biographies se rapportant à la créatrice, le volet suisse de sa vie se résume à quelques pages. Dans le cadre du cinquantième anniversaire de sa disparition, j’ai tenté d’en savoir plus sur ses séjours en Suisse.

Gabrielle « Coco » Chanel a choisi la Suisse pour ses nombreuses escapades réparatrices, loin du tumulte parisien. Qu’est-ce qu’elle trouvait ici en Suisse?

En Suisse, Gabrielle Chanel se sentait en sécurité. A la libération, Lausanne a été pour elle une terre d’accueil, un havre de paix, un port d’attache : personne ne viendrait lui réclamer des comptes sur ses relations avec l’occupant allemand dans la capitale vaudoise. Elle ne risquait pas de procès pour avoir trop fréquenté des hauts gradés allemands.

Pourriez-vous décrire cette liaison avec Hans Günther von Dincklage, un des pontes de la propagande nazie en France ? Cette liaison dit-elle beaucoup sur l’antisémitisme et l'attirance pour l'argent des puissants de Gabrielle Chanel?

Quand elle débute sa liaison avec Hans Günther von Dincklage, elle a plus de cinquante ans et elle ne voulait pas s’interdire une dernière grande histoire d’amour. Des témoignages mentionnent, en effet, son antisémitisme, mais elle était loin d’être la seule en France à cette époque-là. Il faut toujours replacer les faits dans un contexte historique, et l’antisémitisme touchait un pan important de la société conservatrice et catholique. Souvenons-nous de l’affaire Dreyfus. Ceci étant, ce contexte n’excuse pas les propos ou les actes qu’elle a pu commettre. Plus que pour l’argent, c’est d’abord par fierté qu’elle a tenté, en vain, de profiter de ses relations avec les Allemands pour récupérer ce qu’elle estimait être son dû à savoir la société qui produisait son parfum, le Chanel n°5. Cette société portait son nom, mais elle était une actionnaire minoritaire avec seulement 10% des parts. Cette situation était insupportable pour elle.

Cette relation avec un autre exilé français en terres lausannoises l’écrivain Paul Morand est-elle un hasard ? Peut-on parler d’une sorte d’union entre « pestiférés » de la République sur les bords du Léman ?

Lausanne en 1945 a accueilli beaucoup d’anciens ministres ou de collaborateurs de Pierre Laval et du Maréchal Pétain : ils risquaient une condamnation à mort s’ils restaient en France. Paul Morand était de ceux-là, sauf que lui se trouvait déjà en Suisse : il a été le dernier ambassadeur de France à Berne comme représentant du régime de Vichy. Le général De Gaulle le détestait et il était persona non grata à Paris. Gabrielle Chanel et l’écrivain se connaissent depuis les années folles, ils participaient aux mêmes soirées extravagantes, et l’exil a resserré ces liens. La couturière l’a beaucoup aidé à un moment où il était dans une situation financière délicate. Avec les années, leur relation amicale s’est distendue.

Oscar Forel, psychiatre réputé de Prangins, recevait des patients du monde entier. Gabrielle Chanel a été de ceux-là, pour quelles raisons ?

Gabrielle Chanel n’a pas été hospitalisée à Prangins, mais elle a accompagné l’une de ses connaissances. En revanche, son nom figure parmi les patients de la clinique Valmont à Glion sur Montreux. Impossible de savoir de quoi souffrait la créatrice, les archives de la clinique ont été détruites.

Il y a un lien entre le Château du Signal à l’adresse Route du Signal 22 à Lausanne et Gabrielle Chanel ? Vous racontez qu’elle habitait juste à côté de ce magnifique château qui a appartenu à l'éditeur puissant Albert Mermoud puis à David Bowie. Ce fut un endroit qu’elle chérissait et qu’on lui a refusé ?

Contrairement à ce qu’on a l’habitude de lire, Gabrielle Chanel était locataire et non propriétaire de la villa située Signal 20. Mais il est vrai qu’elle aurait aimé acquérir le château situé à côté de sa demeure lausannoise. David Bowie a eu plus de chance qu’elle !

Elle est morte à Paris mais fut enterrée à Lausanne le 14 janvier 1971. Pourquoi Lausanne et pas la capitale française ?

Elle était très attachée à la Suisse et pas seulement pour des raisons fiscales ou parce qu’elle avait des comptes dans des banques suisses. Chaque fois qu’elle se sentait fatiguée après la présentation d’une collection de haute-couture, elle venait se ressourcer au bord du lac Léman, se ré-oxygéner, se détendre. Lausanne était synonyme de tranquillité pour elle. Elle aimait les montagnes suisses, les promenades en forêt. Qu’elle choisisse Lausanne pour dernière demeure s’inscrit dans une certaine logique.

Qu’est-ce qui vous le plus marqué dans ce travail de recherche ?

J’étais partie avec beaucoup d’a priori sur Gabrielle Chanel, elle était antisémite, égocentrique, pas franchement sympathique. Elle cochait toutes les cases pour un portrait à charge. Et pourtant en enquêtant sur elle, je me suis surprise à écrire le prénom de Gabrielle et non pas le diminutif de Coco. C'était très étrange. Sans doute parce qu’au-delà de ses nombreux défauts et des actes répréhensibles qu’elle a pu commettre, au-delà d’un caractère difficile, elle a un parcours qui interpelle. Pour preuve la marque Chanel brille toujours, est connue mondialement, alors que peu de personnes se souviennent du nom de sa grande rivale d’avant-guerre, la couturière Elsa Schiaparelli. Gabrielle Chanel était visionnaire, elle a libéré le corps des femmes avec des vêtements souples, et particulièrement déterminée. Ce dernier trait de caractère l’a aidée à rebondir, à retrouver le sommet de la haute-couture quand les lois d’amnistie lui ont permis de faire son come-back à Paris. A un âge où d’autres aspirent à une retraite méritée.

Avez-vous l’envie d’effectuer un travail analogue avec une personnalité ayant eu une vie dans notre région ?

J’aimerais bien, en effet, mener un travail d’investigation autour d’une autre personnalité. Reconstituer le puzzle des séjours de Gabrielle Chanel en Suisse fut un travail d’enquête passionnant. J’ai appris beaucoup de choses, même si ce fut particulièrement compliqué en raison de la crise sanitaire.

Propos recueillis par David Glaser

Une galerie consacrée à Coco Chanel est consultable ici sur notreHistoire.ch.

"Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine)

 

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Marius donne son nom au Château Saint-Maire

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Sur notreHistoire.ch, une série nommée "Bâtir la Suisse" parle de personnages romands qui ont construit notre pays. Un Vaudois en fait partie: Marius d'Avenches.

Photo du Château Saint Maire à Lausanne, par Anne-Marie Martin Zürcher.

La plateforme collaborative notreHistoire.ch consacre un paragraphe sur un Vaudois qui a particulièrement compté dans notre construction nationale, notamment religieuse : l'évêque Marius d'Avenches. Le château Saint-Maire qui héberge les autorités de l'Etat de Vaud porte ce nom en son honneur.

C'est au VIe siècle que vécut ce prélat très bien vu pour son action de son vivant, et après. Vraisemblablement, Marius avait décidé de déménager son siège épiscopal d'Avenches à Lausanne entre 587 et 593 (cf: Justin Favrod, La Chronique de Marius d'Avenches (455-581) et portrait du même auteur dans "Quel est le salaud qui m'a poussé? Cent figures de l'Histoire suisse", infolio éditeur). Le centre névralgique de l'activité religieuse d'une grande partie du plateau Suisse s'est donc déplacé vers la capitale vaudoise.

Lausanne, le château

Photo d'une carte postale du Château Saint-Maire publiée sur notreHistoire.ch par Albin Salamin

L'ecclésiastique a eu une très belle réputation, œuvrant auprès des plus démunis, avec humilité, travaillant sur l'édition de récits historiques, au point de publier une chronique de l'histoire du monde. Marius venait d'une famille noble possédant des terres à Payerne et à Autun (Saône et Loire, département de Bourgogne-Franche Comté, dont il est originaire).

Après sa mort en 593, sa dépouille a reposé à l'Eglise de Saint-Thyrse de la Cité à Lausanne. Le diacre Thyrse fut lui-même envoyé à Autun en provenance de Smyrne (Turquie) au IIe siècle. Il devait évangéliser la Gaule. Les hommes de Marc Aurèle ne le laisseront pas aller jusqu'au bout de son dessein. Thyrse est mort en martyr en 177. Pour l'historien Justin Favrod, il est probable que Marius d'Avenches ait fait venir les reliques de Saint Thyrse à Lausanne, leur origine autunoise commune ayant sans aucun doute un lien.

D'Avenches à Lausanne

Marius aurait construit plusieurs édifices religieux dans son diocèse, après son ordination épiscopale, à Avenches et dans une église paroissiale à Payerne, vraisemblablement érigée en juin 587. Comme l'écrit Justin Favrod dans son article publié sur notreHistoire.ch, "l'abbatiale clunisienne fondée à Payerne dans les années 960 par l'impératrice sainte Adélaïde pour accueillir la dépouille mortelle de la reine Berthe" aurait été construite juste à côté de l'église paroissiale de Payerne (inaugurée le 24 juin 587).

Selon certaines analyses historiques, le déplacement du diocèse vers Lausanne n'est pas du seul fait de Marius d'Avenches car rien n'atteste qu'il ait siégé en tant qu'évêque à Lausanne. Selon Wikipedia, au VIe siècle, "les structures ecclésiales reprennent celles de l'Empire romain et Marius siège dans la cité épiscopale de l'Helvétie : Avenches. Néanmoins, cette période est passablement troublée par les incursions germaniques, notamment alamanes. Aussi le siège du diocèse a régulièrement oscillé entre Avenches, Vindonissa (Windisch) et Lausanne." Le siège épiscopal est définitivement installé à Lausanne dès le début de la seconde moitié du VIIe. Après la mort de Marius, le siège épiscopal fut vacant durant près de 45 ans. C'est en 639 qu'Arricus deviendra évêque de Lausanne.

Nous proposons aux amateurs d'histoire de rejoindre le projet notreHistoire.ch, on a plus que jamais besoin de membres actifs heureux de publier leurs documents sur l'histoire romande ou sur leur histoire familiale, entrepreneuriale ou associative.

Venez nous rejoindre sur notreHistoire.ch, un projet de mémoire audiovisuelle suisse, unique au monde, car croisant des sources privées avec des sources institutionnelles (RTS, Archives cantonales vaudoises...).

 

 

 

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