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L'exil vaudois de Coco Chanel

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La journaliste Marie Fert raconte dans "Gabrielle Chanel, les années d'exil" la vie sur les bords du Léman de la plus célèbre des créatrices de mode à la française : Coco Chanel.

Il y a cinquante ans, Gabrielle Chanel s'éteignait dans une chambre de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à Paris. Mais c'est au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne qu'elle repose depuis le 14 janvier 1971. "Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine) est un passionnant ouvrage qui nous fait prendre conscience, au fil de ses 130 pages, de l'importance de Lausanne et de la région lémanique dans la vie de Coco Chanel.

La tombe de Coco Chanel au cimetière Bois-de-Vaux à Lausanne (Sylvie Bazzanella/notreHistoire.ch)

La grande couturière fut vilipendée pour ses proches relations avec des représentants du régime nazi, ce qui parfume le récit de sa vie en Suisse d'une odeur de scandale qui n'a rien de commun avec le "Chanel N°5", le plus grand succès de ses créations. Marie Fert répond dans l'interview qui suit aux questions qu'on se pose sur les choix douteux de la native de Saumur dans l'ouest de la France. Notez que cet ouvrage très complet est une véritable mine d'or d'anecdotes et d'informations inédites, venues entre autres organismes, des Archives de la Ville de Lausanne ou des Archives cantonales vaudoises.

"Gabrielle Chanel, les années d'exil", premier ouvrage de la journaliste Marie Fert

Pourquoi avoir choisi de parler d’une fameuse personnalité du luxe français sous forme d’essai biographique ?

Marie Fert : Le point de départ, ce sont deux dates, le 10 janvier 1971, jour du décès de Gabrielle Chanel à l’âge de 88 ans dans sa chambre du Ritz à Paris, et, quatre jours plus tard, son enterrement au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne. Dans les nombreuses biographies se rapportant à la créatrice, le volet suisse de sa vie se résume à quelques pages. Dans le cadre du cinquantième anniversaire de sa disparition, j’ai tenté d’en savoir plus sur ses séjours en Suisse.

Gabrielle « Coco » Chanel a choisi la Suisse pour ses nombreuses escapades réparatrices, loin du tumulte parisien. Qu’est-ce qu’elle trouvait ici en Suisse?

En Suisse, Gabrielle Chanel se sentait en sécurité. A la libération, Lausanne a été pour elle une terre d’accueil, un havre de paix, un port d’attache : personne ne viendrait lui réclamer des comptes sur ses relations avec l’occupant allemand dans la capitale vaudoise. Elle ne risquait pas de procès pour avoir trop fréquenté des hauts gradés allemands.

Pourriez-vous décrire cette liaison avec Hans Günther von Dincklage, un des pontes de la propagande nazie en France ? Cette liaison dit-elle beaucoup sur l’antisémitisme et l'attirance pour l'argent des puissants de Gabrielle Chanel?

Quand elle débute sa liaison avec Hans Günther von Dincklage, elle a plus de cinquante ans et elle ne voulait pas s’interdire une dernière grande histoire d’amour. Des témoignages mentionnent, en effet, son antisémitisme, mais elle était loin d’être la seule en France à cette époque-là. Il faut toujours replacer les faits dans un contexte historique, et l’antisémitisme touchait un pan important de la société conservatrice et catholique. Souvenons-nous de l’affaire Dreyfus. Ceci étant, ce contexte n’excuse pas les propos ou les actes qu’elle a pu commettre. Plus que pour l’argent, c’est d’abord par fierté qu’elle a tenté, en vain, de profiter de ses relations avec les Allemands pour récupérer ce qu’elle estimait être son dû à savoir la société qui produisait son parfum, le Chanel n°5. Cette société portait son nom, mais elle était une actionnaire minoritaire avec seulement 10% des parts. Cette situation était insupportable pour elle.

Cette relation avec un autre exilé français en terres lausannoises l’écrivain Paul Morand est-elle un hasard ? Peut-on parler d’une sorte d’union entre « pestiférés » de la République sur les bords du Léman ?

Lausanne en 1945 a accueilli beaucoup d’anciens ministres ou de collaborateurs de Pierre Laval et du Maréchal Pétain : ils risquaient une condamnation à mort s’ils restaient en France. Paul Morand était de ceux-là, sauf que lui se trouvait déjà en Suisse : il a été le dernier ambassadeur de France à Berne comme représentant du régime de Vichy. Le général De Gaulle le détestait et il était persona non grata à Paris. Gabrielle Chanel et l’écrivain se connaissent depuis les années folles, ils participaient aux mêmes soirées extravagantes, et l’exil a resserré ces liens. La couturière l’a beaucoup aidé à un moment où il était dans une situation financière délicate. Avec les années, leur relation amicale s’est distendue.

Oscar Forel, psychiatre réputé de Prangins, recevait des patients du monde entier. Gabrielle Chanel a été de ceux-là, pour quelles raisons ?

Gabrielle Chanel n’a pas été hospitalisée à Prangins, mais elle a accompagné l’une de ses connaissances. En revanche, son nom figure parmi les patients de la clinique Valmont à Glion sur Montreux. Impossible de savoir de quoi souffrait la créatrice, les archives de la clinique ont été détruites.

Il y a un lien entre le Château du Signal à l’adresse Route du Signal 22 à Lausanne et Gabrielle Chanel ? Vous racontez qu’elle habitait juste à côté de ce magnifique château qui a appartenu à l'éditeur puissant Albert Mermoud puis à David Bowie. Ce fut un endroit qu’elle chérissait et qu’on lui a refusé ?

Contrairement à ce qu’on a l’habitude de lire, Gabrielle Chanel était locataire et non propriétaire de la villa située Signal 20. Mais il est vrai qu’elle aurait aimé acquérir le château situé à côté de sa demeure lausannoise. David Bowie a eu plus de chance qu’elle !

Elle est morte à Paris mais fut enterrée à Lausanne le 14 janvier 1971. Pourquoi Lausanne et pas la capitale française ?

Elle était très attachée à la Suisse et pas seulement pour des raisons fiscales ou parce qu’elle avait des comptes dans des banques suisses. Chaque fois qu’elle se sentait fatiguée après la présentation d’une collection de haute-couture, elle venait se ressourcer au bord du lac Léman, se ré-oxygéner, se détendre. Lausanne était synonyme de tranquillité pour elle. Elle aimait les montagnes suisses, les promenades en forêt. Qu’elle choisisse Lausanne pour dernière demeure s’inscrit dans une certaine logique.

Qu’est-ce qui vous le plus marqué dans ce travail de recherche ?

J’étais partie avec beaucoup d’a priori sur Gabrielle Chanel, elle était antisémite, égocentrique, pas franchement sympathique. Elle cochait toutes les cases pour un portrait à charge. Et pourtant en enquêtant sur elle, je me suis surprise à écrire le prénom de Gabrielle et non pas le diminutif de Coco. C'était très étrange. Sans doute parce qu’au-delà de ses nombreux défauts et des actes répréhensibles qu’elle a pu commettre, au-delà d’un caractère difficile, elle a un parcours qui interpelle. Pour preuve la marque Chanel brille toujours, est connue mondialement, alors que peu de personnes se souviennent du nom de sa grande rivale d’avant-guerre, la couturière Elsa Schiaparelli. Gabrielle Chanel était visionnaire, elle a libéré le corps des femmes avec des vêtements souples, et particulièrement déterminée. Ce dernier trait de caractère l’a aidée à rebondir, à retrouver le sommet de la haute-couture quand les lois d’amnistie lui ont permis de faire son come-back à Paris. A un âge où d’autres aspirent à une retraite méritée.

Avez-vous l’envie d’effectuer un travail analogue avec une personnalité ayant eu une vie dans notre région ?

J’aimerais bien, en effet, mener un travail d’investigation autour d’une autre personnalité. Reconstituer le puzzle des séjours de Gabrielle Chanel en Suisse fut un travail d’enquête passionnant. J’ai appris beaucoup de choses, même si ce fut particulièrement compliqué en raison de la crise sanitaire.

Propos recueillis par David Glaser

Une galerie consacrée à Coco Chanel est consultable ici sur notreHistoire.ch.

"Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine)

 

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C'est par là

Lausanne-Gare, temple de l'innovation

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(©KEYSTONE/VALENTIN FLAURAUD)

La Gare de Lausanne a plus de cent ans. En 2030, les travaux d'ampleur débutés cette année seront terminés. La gare a souvent été à la pointe de l'innovation, preuve avec cette sélection de quatre documents de notreHistoire.ch.  

A la Page:Histoire 15.10.21

Avec le projet pharaonique des CFF, du triptyque ville-canton-Confédération, Lausanne sera dotée d'une vraie gare du 21ème siècle qui pourra accueillir 200'000 voyageurs et voyageuses par jour en 2030. Le chantier 1,3 milliard de francs. Voici quelques documents résumant très rapidement l'évolution de la gare et de ses services.

Photo publiée sur notreHistoire.ch par Yannik Plomb (©J.Julien Genève)

Avec cette photo ci-dessus, nous sommes en 1899 sur le parvis de la Gare de Lausanne. La gare de Lausanne n’a été érigée qu’en mai 1856 à Mornex, donc en dehors du centre-ville pour relier la ville à Yverdon-les-Bains. Une année auparavant, le premier tronçon de ligne de chemin de ferre a relié Yverdon-les-Bains à Bussigny.

En 1861, la Compagnie de l’Ouest-Suisse qui commercialise la ligne entre le Nord vaudois et Lausanne, inaugure la liaison Lausanne-Saint-Maurice. Une ligne qui dessert Villeneuve. En 1863, la liaison Lausanne-Fribourg entraîne un agrandissement de cette gare. Un concours lancé en mai 1906 permet à la compagnie ferroviaire de plancher sur une nouvelle gare. Avec l’aide des architectes Monod et Laverrière, Taillens et Dubois, la nouvelle gare aura une « apparence fonctionnelle, une façade digne mais sans luxe, l’emploi de matériaux reconnus sains et inaltérables, et si possible, faits de pierre du pays (source Wikipedia). »

Inauguration de la traction électrique du Lausanne Saint-Maurice, photo de 1924 publiée sur notreHistoire par Yannik Plomb

Le 14 mai 1924 en gare de Lausanne, prêtes au départ les 2 Ae 3/5 sont parquées en gare sur voie 5. Le membre de notreHistoire Yannick Plomb a publié cette photographie Kodak ltd et écrit :

«Le véhicule à traction électrique, sans doute le plus harmonieux et le plus bel assemblage de composants électromécaniques, ne cesse de poser au génie humain de nouveaux et passionnants défis de conception», selon Karl Sachs.

La dangerosité que présentait le maintien de la vapeur dans le tunnel du Simplon dicta l'audacieuse décision de le convertir dès le début sur la technologie naissante du courant alternatif triphasé. En 1906, la Brown, Boveri & Cie, connue aujourd'hui sous le nom d'ABB, installa le système dans le tunnel du Simplon sur 20 km de long.

Plusieurs tronçons ont été inaugurés : Brigue - Iselle en 1906, Brigue - Sion en 1919, Sion - Saint-Maurice en 1923 et Saint-Maurice - Lausanne en 1924. En effet, si le tronçon Lausanne - Saint-Maurice, électrifié au courant alternatif monophasé de 15 kV 16 2/3 Hz le 14 mai 1924, était le dernier encore exploité à la vapeur, les locomotives électriques de l'époque, telles les Ae 3/5, ne pouvaient aller que jusqu'à Sion, où elles devaient céder leur place aux locomotives triphasées du Simplon.

«Le véhicule à traction électrique... ne cesse de poser au génie humain de nouveaux et passionnants défis de conception», Karl Sachs.

Cette situation se prolongera jusqu'à ce que le courant alternatif des CFF atteigne Brig en 1927. La suite de cette présentation sur ce lien.

Un TGV en gare de Lausanne, photo de Claude-André Fradel, datant de juin 1985

Fin des années 70, la gare lausannoise est desservie par un train rapide effectuant la liaison Paris-Genève-Lausanne (le train est baptisé Jean-Jacques Rousseau) avant l’arrivée du TGV orange le 22 janvier 1984. Ce dernier permet une liaison entre Paris-Gare de Lyon et Lausanne en passant par Vallorbe : durée du voyage 3 heures et 40 minutes. Le TGV orange sera remplacé par un train bleu (référence au célèbre restaurant de la Gare de Lyon ?) dès 1997. Pour retrouver cette photo de TGV ainsi que quelques autres clichés de la "Souris grise" (le Trans Europe Express, remplacé par le TGV), allez sur ce lien.

Lausanne gare on patiente sur le quai, photo publiée sur notreHistoire.ch par Jean-Luc Bonnet, elle date de 1938.

Derrière cette photo de famille attendant patiemment en gare de Lausanne un train qui les mènera peut-être vers un lieu de repos, il y a cette idée du rafraîchissement estival à l'attention des clients avec ces glaces « Pôle Nord » servies à même le quai. Un membre de notreHistoire.ch a trouvé cette photo en chinant sur les sites de vente de photos anciennes. Il l'a ensuite publié sur notreHistoire.ch. Que dit cette photo? Qu'en 1938, on se souciait du bien-être gustatif des usagers du train et que les familles voyageaient dans une tenue plus qu'élégante. Près de 82 ans plus tard, on est aussi dans cette thématique du commerce au service des pendulaires et des autres voyageurs avec le projet Léman 2030.

Retrouvez tous les autres articles sur ce dossier de lfm.ch.

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Infusion d'italianité à Lausanne

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L’exposition "Losanna, Svizzera, 150 ans d’immigration italienne" est visible au Musée d’Histoire de Lausanne jusqu’au 9 janvier 2022. Cette infusion culturelle de l'italianité a eu un impact positif sur toute la Romandie.

Le scooter Vespa de la marque Piaggio installée dans la région de Pise en Toscane, à Pontedera. Un symbole de la "dolce vita" et donc de l'italianité (photo DG).

A mi-chemin de cette exposition très intéressante, les objets historiques représentant la culture italienne, du chapeau de Fellini à l’affiche du dessin animé "La Linea", du maillot des Azzuri vainqueurs du mondial 82 à la Vespa de la marque Piaggio, interpellent le visiteur. Et tout à coup, au-dessus de votre tête retentissent les premières notes de « Ma Quale Idea », un tube d’italo-disco tout droit sorti d’un haut-parleur qui ressemble à une douche.

A La Page Histoire01.10.21

Après le détour footballistico-musical obligatoire, la déambulation permet de se replonger dans une réalité économique suisse de la fin du XIXe. Le manque de main d'oeuvre qualifiée pousse les huiles lausannoises à regarder de l'autre côté du Grand Saint-Bernard pour recruter. Cette immigration économique choisie qui débute dès les années 1870 va être affectée aux chantiers des grands ponts, viaducs et autres tunnels à Lausanne et ailleurs dans la région. En Suisse, à cette époque, le travail des Italiens est possible grâce à un traité signé entre les deux pays. Les habitants de la Botte peuvent aussi venir s’établir ici, et ce n’est pas limité à une saison. Il faut croire qu’un certain Benito Mussolini en a profité. Car en 1902, il débarque légalement à Lausanne pour chercher du travail.

Photo de Benito Mussolini prise par les forces de l'ordre bernoises en 1903. A l'époque le jeune maçon et syndicaliste avait pris l'habitude de se faire arrêter pour incitation à la grève (photo DR)

Dans une vitrine du musée, un document de l’Université de Lausanne frappe. Il s'agit de la copie du diplôme décerné à ce-même Benito Mussolini en 1937. Un doctorat honoris causa. L'équipe dirigeante de l’Université lausannoise n’avait pas formalisé ce projet en 1936 mais c’est un des responsables de la section sciences politiques et sociales, un sympathisant fasciste nommé Pasquale Boninsegni, qui aurait dit au Duce : « vous aurez ce doctorat ». Dans le contexte diplomatique de l'époque, ces paroles rapportées au Duce ont eu pour effet de valider cette distinction, il fut alors très difficile pour l'Université de Lausanne de faire machine arrière.

Le diplôme non-signé rendant hommage à l'ancien étudiant de l'Université de Lausanne que fut Mussolini (Musée Historique de la Ville de Lausanne)

Benito Mussolini, devenu le Duce dans les années 30, s’était formé à la politique dans le canton de Vaud. Il a créé des connexions puis a contribué à bien traiter les italiens émigrés à Lausanne ensuite, en attribuant, par exemple, des subsides à l’asilo-orfanotrofio, un établissement lausannois pour orphelins. Dans les années 30, il peut enfin s’appuyer sur ses mêmes connexions helvétiques afin de relayer ses idées fascistes hors des frontières italiennes.

Benito Mussolini, à l'Hôtel Beau-Rivage de Lausanne, lors d'une conférence diplomatique sur l'Orient en 1922 (DR)

Au delà des considérations politico-syndicales de Benito Mussolini, il faut bien noter que la présence d'une population italienne dans notre région était justifiée par le besoin grandissant d'une main d'oeuvre expérimentée et nombreuse. Autre temps fort de l'exposition, c'est ce chapitre consacré à Tripoli ou le "village des cantines" comme on le surnommait à Vallorbe. Entre 1910 et 1915, ces ouvriers logés à Tripoli ont construit une nouvelle gare internationale à Vallorbe.

Ils étaient plus d'un millier (essentiellement italiens) pour percer le tunnel du Mont d'Or reliant la Suisse à la France sur la ligne Vallorbe-Dijon. C'était un petit village fait de baraquements avec tellement de débits de boisson que l'on imaginait bien qu'il s'y tramait une activité extraordinaire de jour comme de nuit. Un village mal perçu par les autochtones, selon Sylvie Costa Paillet, la co-commissaire de l'exposition "Losanna, Svizzera, 150 ans d'immigration italienne à Lausanne" au Musée d'histoire de Lausanne. La conservatrice explique que cette nouvelle localité avait aussi été baptisée "le village nègre".

Au début des années 1910, à quelques pas de Vallorbe, des ouvriers italiens ont travaillé sur le percement du tunnel du Mont d'Or, peuplant un village de plus de 1000 habitants nommé Tripoli (Musée Historique de la Ville de Lausanne)

Après-guerre, Lausanne n'est pas la seule ville romande à accueillir en masse les ouvriers italiens. Genève compte aussi un contingent d'Italiens venus travailler en tant que saisonniers. Dans les années 1960, les ouvriers italiens remplacent progressivement les ouvriers valaisans aux fours d'électrolyse de l'Usine de Chippis, là où les conditions de travail étaient extrêmement rudes.

Photo des ouvriers italiens de l'Usine d'alluminium de Chippis (Grégoire Favre/Usine de Chippis VS/notreHistoire.ch)

Pour tous renseignements sur cette exposition, veuillez cliquer sur ce lien.

 

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Cent ans de hauteur en Romandie

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Dans les années 20, c'est à Lausanne que naît le premier gratte-ciel suisse avec la Tour Bel-Air. Depuis, Bâle et Zurich se livrent un combat à distance dans leurs paysages respectifs.

La Tour Lamunière, aussi appelée Tour Edipresse en 1980 (Claude André Fradel)

En s'appuyant sur des exemples de "gratte-ciel" romands, nous tentons d'expliquer les intentions philosophiques et esthétiques des architectes de l'époque, grâce à un entretien fleuve avec deux associés du bureau d'architecture PONT12 à Chavannes-près-Renens, concepteurs au début des années 2010 du projet de la Tour Taoua à Beaulieu, un projet rejeté par le peuple.

Les gabarits de la Tour Taoua en 2014 (Sylvie Bazzanella)

Les deux associés du bureau d'architecture PONT12 Guy Nicollier et François Jolliet (leur bureau est installé à Chavannes-près-Renens) s'entretiennent avec notreHistoire.ch pour explorer l'histoire des "gratte-ciel" lausannois et romands. Ce dossier va vous permettre de vous replonger dans le contexte politique de l'époque de la conception et de la construction de ces tours. La « Tour de Bel-Air » est la première grande tour à avoir poussé hors du sol en Romandie.

L'histoire est étonnante, en 1931, l’architecte Alphonse Laverrière a imaginé un édifice de quinze étages depuis la place Bel-Air et de dix-neuf depuis la rue de Genève à Lausanne. Cette tour est largement inspirée de l’Empire State Building à New York. Elle ne fera pas l'unanimité dans la presse, dans l'opinion publique et dans la classe politique mais elle a quand même vu le jour en 1931 et a depuis été complètement restaurée. La verticalité est un sujet passionnant pour le profane ainsi que pour les professionnels du secteur. Je ne saurais trop vous recommander de prendre le temps de lire ce dossier et de le partager. Cliquez sur ce lien!

Lors de cet entretien, les architectes lausannois François Jolliet (photo de gauche) et Guy Nicollier (photo de droite) m'ont cité à plusieurs reprises le nom de Jacques Gubler, historien de l'art et grand spécialiste d'architecture en Romandie et dans le reste de la Suisse. C'est justement à Bâle, où le professeur émérite de l'EPFL vit, que sont sans doute les tours les plus étonnantes de Suisse, d'où ma volonté de me balader avec Jacques dans les rues de Bâle pour découvrir ce patrimoine architecturale mondialement connu. L'écouter raconter les dessous de ces rêves de suprématie architecturale des grands groupes industriels locaux fut sans doute un des moments les plus passionnants de cette enquête.

Jacques Gubler devant la Messeturm à Bâle (David Glaser)

Cette série de podcasts vous est proposée gratuitement sur notreHistoire.ch, sept audios et une vidéo dans les rues de Bâle au pied des tours de Roche, de la Claraturm ou de la Messeturm, une balade poétique avec ce passionnant expert qu'est Jacques Gubler. Nous en saurons beaucoup plus sur l'originalité et la folie des grandeurs des architectes les plus connus de Suisse et du monde.

Cliquez sur ce lien pour découvrir cette série audio et vidéo.

 

 

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Le trolleybus remplace le tram à Lausanne

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En 1956, les TL étaient une entreprise de transport public en plein essor. Un document hébergé sur notreHistoire.ch vante les mérites de la compagnie et de sa flotte imposante, une vidéo intitulée 365 jours par an. Une rare publicité de 25 minutes.

L’ex-gardien de buts du LS Pino Varquez m'appelle un jour de Printemps 2021. Il me signale qu'il vient de voir un document vidéo publicitaire racontant les différentes activités des Transports publics de la région lausannoise. Il me demande d'aller voir ce document des TL publié par le membre de notreHistoire.ch Jean-Paul Crisinel. En effet, c'est une vidéo très singulière. Les trolleybus, dernier cri, reliant les différentes parties de la région viennent rythmer la vie des Lausannois à une cadence soutenue (déjà).

Le Lausannois lambda, utilisateur des TL, un certain Monsieur Ducommun, joué par un certain Robert Lenoir (extrait de "365 jours par an" de A.Revel et W.Rochat)

Dans ce film repéré par Pino, on voit un Monsieur Ducommun (en réalité un Lausannois nommé Robert Lenoir et reconnu par hasard par sa petite-fille, il n'était pas spécialement crédité dans ce film publicitaire projeté à Cinéac). Caroline Lenoir, la belle-fille de Pino, avait reconnu le visage de ce monsieur Lenoir qu’elle n’a jamais connu directement. Et pour ce tournage, Robert Lenoir promenait aussi son fils, le père de Caroline. Le TL, avec ce film, marquaient un grand coup, on en reparle un peu plus loin dans ce texte. Mais avant tout un peu de contextualisation.

La place Saint-François en 1955. Elle n'a pas beaucoup changé (A.Revel, W.Rochat, Telepress/O. Eliasz/Jean-Paul Crisinel)

Si aujourd’hui Lausanne compte 10 lignes de trolleybus et 25 lignes de bus conventionnelles, les TL ont aussi deux lignes de métro (bientôt trois). Flashback, en 1858, le train arrivait à Lausanne. Seulement, cette gare lausannoise n’était pas centrée. Elle allait cependant posséder très vite une connexion avec Ouchy, via un funiculaire – le premier en Suisse - reliant la gare au port d’Ouchy, jusqu’en 2006, date de la mise en service de la ligne 2 du métro à sa place.

Le Conseil fédéral permettra donc une première liaison par funiculaire, la célèbre « Ficelle » est imaginée. La décision, prise en 1871, entraîne la création d'une ligne opérée par la compagnie ferroviaire Lausanne-Ouchy. La "Ficelle" débutera en 1877.

La ville de Lausanne a aussi permis aux tramways dès le milieu des années 1890. En 1894, grâce à la Société des tramways lausannois, l’énergie venant de la centrale électrique de Couvaloup construite pour l’occasion en 1895 va alimenter tout un réseau de lignes de trams.

La "Ficelle" de la compagnie Lausanne-Ouchy en 1956 (Bazin)

Les premiers rails seront inaugurés en 1896, le premier dépôt étant situé à Prélaz entre 1898 et 1900 pour recevoir les nouveaux trams. En 1910, les TL fusionnent avec la Compagnie des Chemins de fer électriques régionaux du Jorat, le dépôt de les chemins de fer est à Epalinges et la station qui alimente le système de trains électriques est localisée à Mézières.

Dépôt de Prélaz en 1955 (Telepress/A.Revel et W.Rochat/O.Eliasz/Jean-Paul Crisinel)

Dans les années 30, le bus fera son apparition via le trolleybus, la ligne de tram entre Closelet et Epinettes. En résulte, une économie substantielle, une vitesse de croisière supérieure et un usage des freins plus raisonnable. Le réseau de tram de 66 km va petit à petit être réduit à partir de 1933 à 39, d’abord 32 véhicules vont être achetés pour remplacer complètement le réseau de tram dès le début de la IIe guerre.

En 1980 au dépôt de Prélaz (photo Markus Schweizer)

Dans ce document intitulé « 365 jours par an », ce film de fiction vante les mérite des TL dans le Lausanne d’il y a plus de 60 ans ainsi que la verte campagne environnante avec collecte des boilles de lait en sus.

En 1955, le lait était transporté (et de nombreuses autres marchandises) par le train depuis la campagne lausannoise jusqu'aux entrepôts en ville (Telepress/A. Revel et W. Rochat, O. Eliasz et J.P. Crisinel)

Le tram des TL en 1950 (W. Boegli/Yannik Plomb)

Dans ce film, on voit pèle-mêle, la circulation très dense sur les coups de midi, la foule de Saint-François, le dépôt de Prélaz avec les 17 nouveaux bus, la réparation dans un atelier, le Lausanne-Montherond, le Jorat… Un parcours dans le Lausanne des années 50 qui est tout simplement fascinant.

En 1980, au guichet du Lausanne-Ouchy avec la caissière, passage du Grand-Pont (Claude-André Fradel)

Le film a été tourné pour les reportages de Cinéac SA par Telepress-Film, par messieurs Revel et Rochat et donc M. Lenoir dans le rôle-titre.

 

Les éléments historiques du funiculaire Lausanne-Ouchy, parqués au Flon en 1958, il s'agit des voitures BF 21 et 22 de SWS VonRoll de 1911 en attente de démolition (M.E. Fontannaz BVA/Yannik Plomb).

60 ans après le rachat du réseau du Jorat, en 1962, pratiquement toutes les lignes ferroviaires ont été remplacées par des bus. Le dernier tram fera la liaison entre Renenz et Rosiaz jusqu’en 1964, l’année de l’Expo nationale. Le site de Vidy accueillant l’expo sera desservi par le trolley.

Des trolleybus en 1974 installés sur le parking de la place du Tunnel (Michel Bezençon)

Vingt années plus tard, la Ville de Lausanne va prendre possession de la Compagnie du Chemin de Fer du Lausanne-Ouchy qui a 110 ans pour confier sa gestion aux TL. En 1991, elle active le Tramway du Sud-Ouest lausannois, appelé à devenir le Métro M2. Le M2 va reprendre l’axe Lausanne-Ouchy et en 2002, le public vote pour prolonger la ligne au nord du centre, le M2 va d’Ouchy-Olympiques à la station Croisettes. Une 3e ligne de métro est en projet entre le Flon et la Blécherette, la première phase verra le jour en 2025 selon le projet présenté en 2015. Un tramway reliant Lausanne à Renens sur 4,5 km sera mise en service en 2023, puis de Bussigny à Villars-Sainte-Croix.

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La fabuleuse histoire de la famille Kunz

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Roland Kunz est un enfant de Villars-sur-Ollon qui a fait mille choses dans sa vie, prof de ski pour les Grimaldi, homme d'affaires et aujourd'hui gérant d'un fonds photographique précieux.

Roland Kunz en tenue de montagnard, devant le Villars Palace. L'hôtel a été restaurée et va rouvrir en fin d'année.

Roland Kunz m'accueille un jour chez lui en 2020 à Villars-sur-Ollon. Il me fait visiter son grand chalet familial qui surplombe le centre de la station de sport d'hiver. Ce fils de photographes villardoux a eu une vie d'entrepreneur dans le commerce de centrifugeuses pour laboratoires sanguins qui le mena à travers le monde. Il s'est arrêté quelques années au Brésil où il rencontra sa femme Adrienne.

Le Villars Palace à l'époque de la mode du bobsleigh, dans les années 1930 (photo Arnold Gottlieb Kunz)

Roland a aussi hérité des fonds photographiques que sa sœur et son père géraient au sein de leur boutique historique (la toute première à Villars), la seule dans le village depuis les années 30. Des milliers de photos en noir et blanc de paysages montrant l'évolution de Villars et de ses alentours. Il y a quelques jours, j'ai pris mon téléphone pour prendre des nouvelles de Roland et de son projet de créer un petit musée photographique dans le centre de Villars, là où fut installée la maison et la boutique de ses parents. Je lui ai aussi annoncé que j'aimerais partager avec les lecteurs de LFM.ch et de notreHistoire.ch un texte qui rappelle à quel point le travail de sélection de quelques photos du fonds familial avait été passionnant pour moi. Ce fonds composée de plaques de verres, de diapositives et planches de contact aux vignettes miniatures, sans oublier les tirages papier par centaines rangés dans des albums et des cartons tous rangés dans une pièce spéciale.

Arnold Gottlieb installé dans l'entrée de son magasin de photos dans la rue centrale à Villars.

Pour vous chers lecteurs voici une sélection exclusive de photos publiées dans plusieurs galeries comprenant des clichés réalisés par la petite entreprise Kunz et des photos commentées par Roland (il a une belle voix de radio d'ailleurs). Merci d'en faire un bon usage, cette matière vaut de l'or.

La déneigeuse devant la boutique Kunz à Villars-sur-Ollon (photo d'Arnold Gottlieb Kunz).

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